.Il existe la dépression post-natal, la dépression post-coïtal et la dépression générale.
Mais, fait non négligeable en ce qu'il a atteint, atteint ou atteindra chaque lecteur assidu en ce bas monde (enfin je suppose et l'espère), il existe par ailleurs la
Dépression Post-Biblique.
Je m'explique. Il ne s'agit pas, vous l'aurez compris, d'un état de tristesse après avoir lu de A (Adam) à Z (ZZTop) le Livre saint des Chréti(e)ns. Pas que cela n'existe pas -- d'ailleurs j'en sais rien (et m'en contrebalance) -- mais je vois pas pourquoi j'en parlerai ici.
Il s'agit plutôt de cet état de mélancolie, de regrets, de chagrin même, survenant impitoyablement et fatalement à quiconque achève la lecture d'un ouvrage qui l'a captivé, tenu en haleine durant de longues minutes, inspiré, aspiré, avalé, digéré par le récit, retenu par les yeux à une plume mécanique sur le blanc du papier.
J'ai pris conscience de cet état de chose alors que mes yeux captivés et mon encéphale en ébullition fièvreuse captaient, analysaient et comprenaient les ultimes mots de la [ magnifique ] trilogie des Guerriers du Silence de Pierre Bordage. Les personnages devenus familiers, des héros de grande prestance, des légendes incarnées par les mots, s'en allaient définitivement, leur vie prenant fin là où le point est déposé.
Adieu Tixu, Aphykit, Yelle et les neuf autres. Adieu ce monde, cette univers, je vous quitte, vous me quittez et je ne vous reverrez plus autrement qu'acteurs des mêmes fait d'armes et de pensées que ceux contenus dans ces trois tomes.
Mais c'est un fait qu'on retrouve pour de nombreux écrits. Dilogie, trilogie, tétralogie, pentalogie, dodécalogie etc. ou simple roman unique. On aime mais la fin survient et on se quitte. Comme une vie, en définitive.
Une vie = Un livre ?
Peut-être. Une vie brève, qui tient dans une poche, qu'on suspend à volonté, qu'on arrête en cours s'il l'on en puis plus. Souvent médiocre, rarement captivante.
Et il en est de ces livres (vies) qu'on voudrait éternel(le)s.
L'histoire sans fin, me direz-vous. Encore que.
Un relativisme certain nous apprendrait qu'achever quelque chose, même quelque chose de bien, c'est poursuivre vers une suite, tendre vers un avenir peut-être meilleur.
Alors on se résigne. On clot le livre, on ne remet pas le marque-page, on ne le repose pas sur la table de chevet (bien qu'on soit au chevet du livre... et de nous même, donc), non. On se lève, on se dirige presque solennellement vers l'étagère, la bibliothèque, et on y dépose le corps, une partie de nous.
On y repensera pour le citer, on le relira peut-être. Ou mieux, on le partagera avec quelqu'un qui saura l'apprécier à son juste titre.
Finalement on lit seul, on vit seul, mais partager avec quelqu'un reste le meilleur moyen de profiter pleinement des plaisirs qui nous sont offerts.
(Histoire de) LISEZ !!!
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